Macdonald méprisait les Chinois et les Mongols à tel point qu’en 1885, il leur retira le droit de vote

 

 

John A Macdonald et asiatiques
Comme Stephen Harper, John A. Macdonald était un conservateur dans tous les sens du terme, un admirateur inconditionnel de la monarchie britannique et un grand promoteur du patriotisme militaire. Dès août 2012, M. Harper tenait donc à lui rendre hommage en changeant le nom de la Promenade de la rivière Outaouais à Ottawa pour « Promenade John A. Macdonald ». La nouvelle a aussitôt soulevé dans les médias ontariens un tollé alimenté par d’éminents historiens qui s’en sont pris durement à la respectabilité de celui dont l’effigie orne nos billets de dix dollars.

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Le 22 août, l’historien Timothy Stanley [1] réagit à cette décision en publiant simultanément dans l’Ottawa Citizen et le Regina Leader Post un lapidaire texte intitulé « John A. Macdonald wanted an ‘Aryan’ Canada » [2]John A. Macdonald voulait un Canada aryen ») ( huffingtonpost.ca ). Il y rappelle qu’en 1885, Macdonald déclara à la chambre des Communes que si les Chinois n’étaient pas exclus du Canada, « le caractère aryen de l’avenir de l’Amérique britannique serait détruit ». C’est en effet dans l’« Electoral Franchise Act » de 1885 que Macdonald intégra le retrait du droit de vote de toute personne « de race mongole ou chinoise » afin de s’assurer « qu’elles n’en viennent à contrôler le vote de cette province [de la Colombie britannique] toute entière » et que « leurs représentants chinois » n’imposent à la Chambre des « principes asiatiques », des « immoralités » et des « excentricités […] odieuses du point de vue de la race aryenne et des principes aryens ». Le premier ministre Macdonald déclare en pleine chambre des Communes qu’à ses yeux, l’immigrant chinois « est un étranger en terre étrangère… il n’a pas d’intérêt en commun avec nous… il n’a pas d’instincts britanniques, de sentiments ou d’aspirations britanniques, et ne devrait donc pas pouvoir voter ». Macdonald lança plus tard que « les races aryennes ne se fusionneront pas sainement aux Africains ou aux Asiatiques » et que « le croisement de ces races, comme le croisement d’un chien et d’un renard, n’est pas fructueux, il ne peut l’être et ne le sera jamais. » L’historien Stanley en déduit que pour Macdonald, le Canada était destiné à être le pays qui réconcilierait une race aryenne pure avec sa gloire passée, et que les Chinois constituaient une menace à cette pureté.

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Stanley prend bien soin de démontrer qu’il ne se base pas sur les normes d’aujourd’hui pour accuser Macdonald d’avoir été raciste au 19e siècle puisque le deuxième premier ministre du Canada, Alexander Mackenzie, avait rejeté ces mesures anti-immigration chinoise, les qualifiant de « dangereuses et contraires à la loi des nations et aux politiques en vigueur au Canada. » On pourrait y ajouter que selon l’historien Christopher G. Anderson, professeur à l’université Wilfrid-Laurier à Brandford ( revue parlementaire ), de nombreux membres du sénat canadien des années 1885 à 1887 considéraient ces mesures « injustes », allant « totalement à l’encontre des principes de l’Empire » et du « génie du 19e siècle ». D’autres sénateurs firent valoir qu’« il ne devrait y avoir aucune exception, que ce soit en faveur ou au détriment d’une race » et que les restreindre l’immigration chinoise serait « contraire à nos professions chrétiennes et à la liberté tant vantée que nous prétendons chérir en tant que peuple britannique ».

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Une autre preuve que les Québécois n’ont pas à craindre de se faire traiter de « séparatiste » s’ils refusent de fêter le bicentenaire de Macdonald est la tournure des événements lorsqu’en février 2014, un conseiller municipal de Toronto a proposé de rebaptiser la Gare Union (la plus grande au Canada) du nom de l’ancien premier ministre. Autre virulent tollé dans la province dont Macdonald est pourtant originaire! Un bel échantillon en est l’intervention de Bernie Farmer ( thestar.com ), ex-président du Congrès juif canadien, pour qui les actions de Macdonald ciblant le Chinois, les autochtones et autres minorités visibles en ont fait « un redoutable raciste ».

L’opposition ontarienne au bicentenaire de Macdonald en 2015 ne s’est pas dissipée depuis. En témoigne la sortie publique  d’Avvy Yao-Yao Go et Brad Lee, respectivement directrice de la Metro Toronto Chinese & Southeast Asian Legal Clinic et ex-éditeur du Toronto Star, qui en septembre 2014, publiaient un texte conjoint ( thestar.com ) contestant catégoriquement l’opportunité de célébrer un homme « raciste » comme le fut Macdonald. Les deux importants membres de la communauté chinoise de Toronto soulèvent d’ailleurs le paradoxe faisant en sorte qu’« aujourd’hui, un siècle après l’introduction de la taxe d’entrée et quelques années après que le Parlement ait adressé des excuses [en 2006] à la communauté sino-canadienne pour cet épisode historique honteux, une Commission du bicentenaire a été mise sur pied par le gouvernement fédéral pour célébrer [en 2015] le 200e anniversaire de Sir John A. Macdonald. » M. Lee avait déjà fait savoir en février 2014 qu’il ne pouvait « accepter que les célébrants de ce révisionnisme historique et autres partisans aveugles embrassent le projet d’élever un homme aussi profondément discrédité au statut de héros selon la vision canadienne d’aujourd’hui. »

Précisons qu’environ 15 000 Chinois ont participé à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique entre 1880 et 1885. Ces hommes étaient payés jusqu’à la moitié du salaire des autres travailleurs. Ils étaient généralement affectés aux tâches les plus dangereuses et relégués aux abris les plus rudimentaires. Du nombre des quelques 5000 ouvriers chinois de la seule année 1880, environ 3500 sont morts en travaillant à la construction de ce chemin de fer.

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Aujourd’hui, demander aux Sino-Canadiens de célébrer le père fondateur du Canada, John A. Macdonald, c’est ni plus ni moins leur demander de célébrer leur bourreau !

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[1] Timothy Stanley est l’auteur de « Contesting White Supremacy: School Segregation, Anti-Racism and the Making of Chinese Canadians » (UBC Press, 2011). L’ouvrage remporta un « Clio Award » de la « Canadian Historical Association ».
[2] Le magazine Maclean’s du 21 août 2012 fit également écho au point de vue de Tim Stanley, sous le titre « Was John A. Macdonald a white supremacist? ».

 

 

 

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