Macdonald a délibérément contraint les Autochtones à la famine, les menant à la mort par milliers

 

 

John A Macdonald et autochtones

Pour convaincre la Colombie britannique de joindre la Confédération, John A. Macdonald avait promis la construction d’un chemin de fer reliant cette province à celles de l’est du Canada. Mais pour cela, il fallait traverser les Prairies peuplées d’Autochtones qui n’allaient pas manquer de faire valoir les droits et revendications. Macdonald mit alors sur pieds une politique machiavélique d’extermination des Autochtones par la famine et la maladie. C’est au Dr. James Daschuck, professeur à l’Université de Regina, qu’on doit de connaître aujourd’hui ce fait très embarrassant pour Macdonald : « l’inconfortable vérité est que le Canada moderne est fondé sur un nettoyage ethnique et un génocide ». Publié en 2013, le minutieux livre de Daschuck intitulé « Clearing the Plains » (« Dégager les Plaines ») a depuis remporté de nombreux prix.

On y apprend que voyant décliner rapidement les troupeaux de bisons dont ils étaient très dépendants depuis dix mille ans, les Cris des Prairies comprirent que leur conversion à l’agriculture serait difficile. Appréhendant l’effondrement de leur mode de vie si les bisons disparaissaient des Plaines, leurs négociateurs firent inclure dans le Traité numéro 6 de 1876 avec le Dominion du Canada une clause rendant le gouvernement fédéral responsable de les approvisionner en nourriture en cas de famine afin « qu’on ne les laisse pas mourir comme des chiens ». Deux ans plus tard, la chasse excessive avait eu raison du bison des Prairies. Les Cris qui étaient auparavant « les plus grands du Monde », grâce à leur alimentation riche en protéines, crevaient soudainement de faim.

"Clearing The Plains", University of Regina Press, 2013

« Clearing The Plains », University of Regina Press, 2013

Dès l’élection des Conservateurs en 1878, l’orangiste John A. Macdonald est devenu à la fois premier ministre et l’équivalent de ministre des Affaires indiennes. Il avait donc la responsabilité de subvenir aux besoins alimentaires des Autochtones des Plaines pendant cette transition. Il utilisa plutôt cette famine comme une arme. Faisant acheminer les rations au compte-gouttes, Macdonald força les Autochtones affamés et malades à s’entasser dans des réserves pour recevoir leur pitance. Il entendait ainsi ouvrir la voie au passage du chemin de fer et à l’occupation des Prairies par des colons anglo-saxons, de race blanche et de foi protestante. En 1883, il ne restait plus que quelques centaines d’Autochtones dans les Plaines alors qu’entre 15 000 et 20 000 autres étaient dans les réserves, sous le contrôle et la dépendance du Département des Affaires indiennes. Et encore, les rations distribuées en réserves étaient bien inférieures aux besoins et parfois faites de viande de porc avariée ou de farine moisie. Une livraison avait même été contaminée à la tuberculose. Dès que les Autochtones se plaignaient de leur misérable condition, les rations étaient coupées. Ils ne pouvaient quitter la réserve sans autorisation fédérale et ne pouvaient chasser ou cultiver la terre, ayant perdu toute liberté et tout accès au territoire.

Souffrant de grave malnutrition, ils moururent massivement. Complètement à la merci des agents fédéraux, d’innombrables femmes ont été violées en échange de leur ration. Daschuk a même retracé les directives transmises par Macdonald et ordonnant à ses officiers de réduire, voire de couper complètement les distributions de rations. Les officiers n’acceptant pas d’affamer les Autochtones même si les entrepôts étaient remplis de vivres étaient aussitôt démis de leurs fonctions. L’auteur a également retrouvé des déclarations publiques de Macdonald se vantant de maintenir la population « à la limite de la famine réelle » (« on the verge of actual starvation ») et d’ainsi économiser des fonds fédéraux ( theglobeandmail.com ). Depuis 1883, Macdonald a aussi mis en place les pensionnats conçus pour assimiler les Autochtones. Ce traitement inique réservé par Macdonald aux Premières nations, le 29 mai 2015, la juge en chef de la Cour suprême du Canada Beverly McLachlin le qualifia sans détour de « génocide culturel » ( Radio-Canada ) et le surlendemain, la Commission de vérité et réconciliation n’en pensa pas moins ( Radio-Canada ).

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À l’automne 1885, les conditions de vie inhumaines des réserves et les abus impunis des agents fédéraux poussèrent les Cris à se rebeller. Des affrontements sanglants eurent lieu dans la région de Frog Lake, en Saskatchewan. Les Autochtones furent très brutalement réprimés. Après un procès sommaire, huit hommes furent condamnés à mort. Pour intimider le plus possible la population des réserves, le lieutenant-gouverneur du Nord-Ouest et commissaire aux Affaires indiennes, Edgar Dewdney, souhaita que leur exécution soit « un spectacle public ». Son assistant, Hayter Reed, lui-même ayant commis sa large part de sévices sexuelles à l’encontre de femmes Cries affamées, recommanda que les Autochtones des réserves avoisinantes soient forcés d’assister à l’exécution des leurs « pour les faire méditer pendant des jours ». Le 20 novembre, le premier ministre Macdonald écrivit à Dewdney, « L’exécution des Indiens […] doit convaincre l’homme rouge que c’est l’homme blanc qui gouverne. » Une grande partie de la population autochtone des environs, incluant les enfants, fut rassemblée sur place. Lors de la mise à mort la plus massive de l’histoire du Canada, les huit condamnés furent tous pendus ensemble, le 27 novembre 1885 à 8h du matin.

autochtones2Les corps furent maintenus au bout des cordes pendant quinze minutes. Cette opération de terreur marqua la fin de la résistance des Cris des Plaines à leur famine planifiée par John A. Macdonald. C’est par milliers qu’enfermés dans les réserves, ils moururent de faim et des maladies conséquentes à leur malnutrition extrême.

stele indiens

Une stèle a été érigée sur le rivage de la rivière Saskatchewan Nord à la mémoire des Huit de Battleford, aux abords de leur fosse commune.

Aujourd’hui en 2015, demander aux Autochtones de se joindre aux festivités du bicentenaire de Macdonald, c’est ni plus ni moins leur demander de célébrer leur bourreau !

John A post base 2

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